29 avril 2010

Faut-il surtaxer la malbouffe?

Faut-il rehausser la fiscalité sur la malbouffe pour lutter contre l'obésité ? C'est la revendication avancée par l'UFC Que-Choisir, qui demande qu'on passe à une TVA à 19,6% sur les « produits de grignotage » (contre 5,5% aujourd'hui). L'UFC réclame cette « TVA sociétale alimentaire » sur l'ensemble des « produits les plus riches en matières grasses, sucre ou sel ». En France, les coûts de la junk food en termes de santé publique sont en effet énormes, alors que 5% des adultes sont obèses… et 12% des moins de 18 ans, selon l'Inserm.

François Carlier, responsable d'études à l'association de consommateurs, explique que, selon ses calculs, augmenter de 10% le prix de produits comme les sodas, le chocolat ou les barres énergétiques ferait baisser de 15% leur consommation

LES PAUVRES SONT LES PLUS TOUCHES

Aujourd'hui encore, la fiscalité réduite sur les produits à forte valeur glycémique ou lipidique est officiellement justifiée par le besoin d'aider les populations défavorisées à se nourrir. Or, ce sont justement les plus pauvres qui sont touchés au premier chef par l'obésité. Une réalité statistique qui pousse peu à peu les pouvoirs publics à changer de discours sur cette question.

Tandis que démarre ce mardi l'examen du projet de loi de finances 2008 au Palais Bourbon, cette idée d'une hausse de la fiscalité pourrait cependant bien faire pschitt cette année encore… alors qu'elle n'a jamais été tant plébiscitée. Député (Nouveau centre) de la Marne, Charles-Amédée de Courson a renoncé in extremis, en fin de semaine dernière, à un amendemant destiné à faire passer la TVA de 5,5% à 19,6%.

Bien qu'actif sur ce thème depuis longtemps, le député, qui se fait fort d'interdire les barres chocolatées dans les distributeurs des collèges de son département, estime lui-même aujourd'hui ‘pas très astucieuse’ son intention initiale : ‘A la réflexion, il faut mieux éviter de procéder par pointillisme.’ Etrange revirement qui n'a officiellement ‘rien à voir’ avec quelque discussion que ce soit avec les industriels du secteur… mais qui tombe mal à l'heure où l'idée d'une fiscalité accrue commence à faire son chemin. Par exemple chez les économistes, qui soulignent que la facture de l'obésité ne cesse de plomber les finances publiques en augmentant, notamment, le nombre de maladies cardiovasculaires.

Au parti socialiste, les députés sont de plus en plus nombreux à exiger une fiscalité spécifique sur des produits dont on sait qu'ils favorisent la surcharge pondérale. L'an dernier, Dominique Strauss-Kahn s'était déjà prononcé en faveur d'une majoration de la TVA sur les fast food. Mais personne, au groupe socialiste de l'Assemblée, n'était visiblement en mesure de confirmer à Rue89, jusqu'à mardi matin, début de la discussion budgétaire à l'Assemblée, qu'un amendement avait été déposé sur ce sujet.

Remarqué sur ce front, le socialiste Jean-Marie Le Guen n'a pour sa part pas déposé d'amendement en ce sens, préconisant à son tour ‘plutôt une politique plus globale qu'une taxe punitive qui jouerait sur l'effet prix’.

INTERDIRE CES PRODUITS DE PUBLICITE DANS LES PROGRAMMES POUR ENFANTS

En septembre, Martin Hirsch reprenait pourtant lui aussi à son compte, parmi une batterie d'alternatives aux franchises médicales, cette idée de plus en plus populaire. En suggérant d'avancer sur le terrain des taxes nutritionnelles, le Haut commissaire aux solidarités actives a fait à la rentrée un pas à contre-sens des industriels du secteur, partisans du statu quo.

Les produits comme les barres chocolatées et autres sodas hypersucrés ‘échappent à la vigilance parentale’, avancent les promoteurs de cette taxe. C'est l'étape suivante dans la croisade de l'UFC Que Choisir contre ‘le harcèllement alimentaire’ à l'égard des enfants.

Selon l'Inserm, l'obésité infantile a doublé depuis 1980. Pour inverser la tendance, Que choisir réclame en effet l'interdiction de la publicité pour les produits de grignotage dans les programmes télévisés pour enfants. Un combat qui n'a pour l'instant porté ses fruits que partiellement : depuis le début de cette année, le nouveau Plan national nutrition santé (PNSS) a introduit des messages sanitaires préventifs (‘Pour votre santé, mangez au moins cinq fruits et légumes par jour’, ‘Pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé’, par exemple) sous forme de bandeaux dans les publicités. Mais, pour l'UFC, on ne va pas assez loin car les enfants sont moins poreux à la prévention que les adultes.

D'après le décryptage par l'UFC des spots publicitaires diffusés dans les programmes pour enfants, le tour de vis législatif est insuffisant : ‘87% des publicités alimentaires diffusées lors des programmes pour enfants portent sur des produits très gras ou sucrés.’ L'UFC-Que Choisir accuse d'ailleurs les industriels d'‘engagements en trompe-l'œil’ et d'hypocrisie, le nombre de spots incriminés n'ayant pas baissé ces dernières années en dépit des engagements publics. Contactée par Rue89 à maints reprises, l'Ania(Association nationale des industries agroalimentaires) n'a pas souhaité répondre.

www.rue89.com/2007/10/16/face-a-lobesite-faut-il-surtaxer-la-malbouffe

Posté par clementVO1 à 09:29 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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